Des diplomates des pays européens entourent Svetlana Alexievitch pour la protéger à son domicile

September 11, 2020

Au Bélarus la répression des autorités se poursuit, après des élections présidentielles qui ont fait l’objet de graves accusations de fraude. Depuis cet été la population se soulève pacifiquement dans le pays, mais les manifestations sont réprimées violemment par le pouvoir du président Alexandre Loukachenko. La Prix Nobel de la littérature Svetlana Alexievich, fait partie du Conseil de coordination qui appelle à de nouvelles élections. Elle est à la seule membre à ne pas avoir été arrêtée. 

 

Mercredi 9 septembre, Svetlana Alexievitch a expliqué avoir fait appel aux journalistes pour venir à son domicile, après une tentative d’intrusion chez elle et des coups de fil anonymes. Dans un communiqué elle raconte que ce Conseil de coordination ne préparait pas un coup d’Etat, mais cherchait un dialogue pour construire une société.

Hier l’Union Européenne (UE) au Belarus a publié un photo de diplomates européens entourant Svetlana Alexievich à son domicile. Le but est clair, et la symbolique à l’oeuvre: il faut protéger Svetlana Alexievitch et marquer sa présence. « Après une visite spontanée de solidarité hier, nous sommes de retour dans la maison chaleureuse de la lauréate du Prix Nobel Sviatlana Alexievich, quasiment au complet. Nous, les ambassadeurs de l’Union Européenne, d’Autriche, de Bulgarie, de la République tchèque, d’Estonie, de France, d’Allemagne, d’Italie, de Lettonie, de Lituanie et de Roumanie, ainsi que les chargés d’affaires des Pays-Bas, Pologne, Slovaquie, Suède ainsi que le chef du bureau de liaison finlandais, admirons le courage et la persévérance de Madame Alexievich et de tous les autres membres du Conseil de coordination biélorusse et de toutes les initiatives citoyennes qui demandent l’état de droit en Biélorussie, pour la dignité de sa population, et pour la souveraineté et l’indépendance de leur pays. », dit le communiqué de l’UE. On peut noter la présence, entre autres, de l’ambassadeur de France au Bélarus, Didier Canesse. 

 

Mobilisation diplomatique la veille aussi 

La veille des diplomates s’étaient aussi rendus à son domicile avec la même volonté. La présence de représentants et ambassadeurs de Lituanie, Suède, Roumanie, Autriche, Pologne et République tchèque avait été observée. D’après une source diplomatique lituanienne, l’initiative venait de son pays et étaient aussi présentes les délégations de l’Union Européenne, l’ambassadeur d’Allemagne, des représentants de la République Tchèque, et de la Slovaquie. D’après la même source, une diplomate lituanienne a dormi chez Svetlana Alexievich cette nuit aussi.

Contactée mercredi par la rédaction afin de savoir si l’ambassadeur français Didier Canesse était toujours en poste au Belarus et s’il avait essayé de rejoindre les représentants diplomatiques présents lors de la première visite, une source diplomatique a déclaré que « La France a condamné et condamne avec la plus grande fermeté les arrestations arbitraires et les intimidations exercées sur l’opposition en Biélorussie. Cela vaut également pour Mme Svetlana Alexievitch. Nous appelons les autorités biélorusses à mettre sans délai un terme à ces actions, à libérer les personnes détenues arbitrairement et à engager le dialogue national inclusif avec la société biélorusse que nous demandons aux autorités biélorusses depuis le 9 août dernier. Nous rappelons notre attachement à la liberté d’expression et de manifestation et au respect des droits politiques et des libertés fondamentales. »

Hier l’opposante Maria Kolesnikova, membre du Comité, a été placée en détention provisoire à Minsk, et accusée de « tentative de prise de pouvoir ». Elle a un peu plus tôt déchiré son passeport, après avoir été menée à la frontière ukrainienne pour un « exil forcé ».

 

Un journaliste bélarusse rappelle qu’il y a eu un blessé parmi les Français

Hier, le journaliste franco-bélarusse Andreï Vaitovich a interpellé la diplomatie française sur Twitter, après que le vice-consul de France à Minsk, André Benchtein ait déclaré dans un article du Journal des Français à l’étranger, qu’ « aucun membre de la communauté française n’a rencontré de problème à ce stade ». Dans un « thread » explicatif (une série de tweets développant généralement autour du même sujet), le journaliste a rappelé que « Dans la nuit du 9 au 10 août, Gabriel Picq, un jeune comédien, venu faire du théâtre au #Bélarus, a été blessé par des éclats de grenade de dispersion. Il a dû aller à l’hôpital pour des examens & des premiers soins », en publiant des photos de la victime et de ses blessures à l’appui. Andreï Vaitovich explique: « Il a été interviewé par plusieurs médias locaux, mais il n’a jamais été contacté par l’ambassade, qui, sans doute, avait été prévenue via Ariane, où Gabriel était inscrit. En plus, il n’était pas le seul français sur place… ».

Il poursuit: « Comment est-ce possible que le consul ne soit pas au courant, sachant que l’article a été publié le 4 septembre ? Pourquoi le téléphone d’urgence de l’ambassade n’est pas disponible pendant les journées « tendues » ? Les questions restent sans réponses à ce jour. @francediplo"

 

Un contexte chargé pour l’UE et pour la France

Le mois dernier, l’Union européenne a rejeté le résultat de l’élection au Belarus et annoncé des sanctions visant des responsables. Mais plusieurs sujets sensibles entourent ce dossier: la question de l’identité des personnes visées par les sanctions, la présence russe dans le pays, mais aussi les tensions sur le dossier turco-européen (Grèce, Chypre) qui empièteraient sur le dossier bélarusse selon certaines sources diplomatiques. D’après un article du journal Le Monde du 5 septembre dernier, l’Union européenne hésiterait à sanctionner personnellement Loukachenko. La question est sensible parce que la France tente depuis l’année dernière un « reset russe » mais on ne peut pas dire que cette tentative ait été couronnée de succès. Et pour ne rien arranger à ces affaires, s’est ajouté l’empoisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny.

Depuis quelques semaines, Alexandre Loukachenko se montre plus docile avec le Kremlin, jouant probablement son avenir à la tête du pouvoir, et posant des questions sur l’intégrité et la souveraineté du pays. Jusqu’à ces évènements il avait tenu tête à Vladimir Poutine sur un certain nombre de dossiers. Le Kremlin a confirmé la venue de Loukachenko à Moscou lundi prochain, pour rencontrer Poutine. 

 

 Capture d'écran du compte Facebook de l'Union européenne au Belarus

 

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