Ziad Majed: le repositionnement de la France en Syrie est « un défi » pour Emmanuel Macron et la politique française

September 30, 2019

Ziad Majed est professeur à l'Université américaine de Paris et politologue. Il est l'auteur de Syrie, la révolution orpheline, paru chez Actes Sud (2014) et co-auteur de Dans la tête de Bachar al-Assad avec Subhi Hadidi et Farouk Mardam-Bey, aux éditions Solin/Actes Sud (2018).


Political: Une délégation RN s’est rendue en Syrie du 27 août au 1er septembre. Elle était composée des eurodéputés RN Thierry Mariani, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, de Virginie Joron et Nicolas Bay, et d’André Kotarac, ancien LFI qui a soutenu la liste RN aux élections européennes de mai et est devenu à son retour de Syrie assistant parlementaire d’un député européen RN, Hervé Juvin. Ils ont rencontré entre autres Bachar al-Assad. Sur Franceinfo, Mariani a déclaré: "Je pense qu'on peut renouer le dialogue" avec Assad. Peut-on dire que ce voyage a eu l’impact espéré dans les médias voire dans la population? 

 

Ziad Majed: La visite de Monsieur Mariani en Syrie ne surprend pas. Ce n’est pas la première fois qu’il se rend à Damas pour afficher son soutien au régime Assad, il l’a déjà fait dans le passé. Il a été accompagné par des hommes et des femmes politiques mais aussi des journalistes et des chercheurs dont certains défendent le régime syrien ouvertement en France. 

Le soutien de Thierry Mariani au régime, le soutien de l’extrême-droite en général et d’une partie de la droite s’explique entre autres par la relation qu’ils entretiennent tous avec la Russie, qui intervient pour sauver le régime Assad. Il y a également la question de ce qu’ils appellent les « Chrétiens d’Orient » et le fait qu’ils soient menacés. La propagande assadienne prétend les protéger et combattre les islamistes qui les menacent. Certains y croient, par ignorance, ne connaissant pas le confessionalisme que le régime a toujours nourri, et la mobilisation de sa communauté alaouite (minoritaire) qu’il a toujours entretenue. D’autres l’utilisent pour justifier leur soutien. Elle est dans tous les cas, l’un des arguments souvent avancés. Il y a aussi un mélange de racisme et d’islamophobie. Assad est présenté comme un « blanc moderne » qui écrase des musulmans « indigènes » arriérés, ne méritant que la dictature pour les discipliner. Et le tout sur base de révisionnisme ou de négationnisme, auxquels ont recours les gens dont Mariani, qui soit nient les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par ce régime et documentés par des dizaines d’organisations syriennes comme internationales et par des rapports de commissions des droits de l’homme des Nations unies, soit les relativisent en considérant que c’est la guerre et que les actes guerriers mènent à des tueries. 

 

Dans certaines catégories de l’opinion publique, il peut y avoir des échos positifs, bien que limités, après de telles visites. Par ailleurs, quand des journalistes se rendent dans le pays et reviennent écrire ce que le régime souhaite qu’ils écrivent, quand il y a des politiques, des hommes d’affaires, des touristes qui partent à Damas, Alep, Saydnaya ou Palmyre, on normalise avec le temps la situation et on fait oublier les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qui ont été commis. On peut même passer dans des zones pour trinquer et célébrer la vie, là où des syriens sont morts sous la torture ou le bombardement. C’est extrêmement décadent, et c’est un message de mépris et de haine envoyé aux Syriens et à toute la région. 

Pour le moment, cela reste restreint à certaines catégories de la société française et heureusement, il y a des journalistes, des chercheurs, des politiques, nombreux, qui sont clairement opposés à cela et qui continuent à faire leur travail avec le niveau d’éthique, de professionnalisme et de responsabilité nécessaire.

 

Le régime Assad dit lutter contre le terrorisme et protéger les Chrétiens. Or Assad a relâché des terroristes en 2011. La délégation RN a quant à elle rencontré le grand mufti de Syrie, Ahmad Badreddin Hassoun, qui la même année, menaçait l’Europe et les Etats-Unis d’attentats. Vous parlez de lui dans votre dernier livre et expliquez qu’il s’est tout de suite mis au service du régime et qualifie les manifestations de « complot de l’étranger ». Quant aux Chrétiens, Damas est responsable d’attaques contre des églises. Pouvez-vous préciser les contours des rhétoriques utilisées par le régime?

 

En France, il y a des relais de la propagande du régime et un soutien à Assad, dans des milieux de l’extrême-droite et de la droite comme on vient de le rappeler. Mails il y a aussi un soutien dans des milieux de l’extrême-gauche. Le discours ou la rhétorique du régime, à chaque fois, sait cibler le public des invités ou les différentes catégories de l’opinion publique qui sont susceptibles de le soutenir. 

D’ailleurs dans la construction de l’image de Bachar al-Assad aujourd'hui, il y a plusieurs niveaux de propagande, avec plusieurs groupes ciblés. Certaines rhétoriques reprennent ce qu’Hafez al-Assad lui-même répétait, et d’autres sont reliées à l’actualité et à ce que Bachar al-Assad essaye de montrer en tant que nouveauté de son règne et de son système. 

Premièrement, il y a la propagande reliée à l’anti-impérialisme, l’anti-hégémonie américaine, et là, la cible est une partie de la gauche occidentale qui, à chaque fois qu’un gouvernement insulte la politique américaine, ou à chaque fois que les Etats-Unis mentionnent un régime avec des termes agressifs, crie au complot. Elle évoque les mensonges américains par rapport aux armes de destruction massive en Irak, et considère que tout ce qui se passe a pour but de préparer une nouvelle intervention américaine. Elle ne voit pas qu’au contraire, il n’y a jamais eu de volonté américaine d’intervenir contre Assad, ni sous Barack Obama, ni sous Donald Trump. Et d’ailleurs, cette absence de volonté est l’une des raisons qui a prolongé la vie du régime Assad et qui a permis aux Russes d’intervenir plus tard pour le sauver. Il faut dire aussi que cette gauche ne connaît rien de la Syrie (et de la région) et se contente de répéter quelques slogans et titres géostratégiques simplistes, tout en occultant la société syrienne, les êtres humains qui vivent en Syrie et qui souffrent et résistent depuis des décennies.

Et cette même propagande liée à la notion d’anti-impérialisme et à ce que le régime prétend également comme « résistance à l’occupation israélienne » a des échos dans des milieux nationalistes et de gauche arabes (surtout en Afrique du Nord). 

Deuxièmement, il y a une propagande reliée au « modernisme ». Elle est basée sur des apparences et une occidentalisation de façade, présentée en tant qu’idéologie du régime et de Bachar lui-même. Son épouse est une femme libérée, élégante, qualifiée de « rose du désert ». Il apparaît avec elle sur les pages de Paris Match en train de faire du shopping comme un couple moderne, simple. Ils ont tous les deux vécu à Londres, sont anglophones et apprécient la musique, la photographie et l’art. Face à eux, il y a une société présentée comme conservatrice, immature, en manque d’éducation et de civisme. Ainsi, l’idéologie moderniste justifie indirectement la violence que subissent les gens de cette société. Ils la méritent puisqu’ils se sont soulevés contre un système qui essaye de les tirer vers le haut et de mettre la Syrie sur « le chemin du progrès » (une expression déjà utilisée par Assad père, « bâtisseur de la renaissance syrienne » comme on le présentait). Là, les cibles de cette propagande sont à la fois des syriens de la bourgeoisie affairiste ou de la diaspora, et des catégories des « opinions publiques » mondiales sans aucun contact avec la Syrie… Les relais du régime la reprennent souvent et l’utilisent pour le défendre et pour parler de sa « laïcité » présumée, menacée par les « barbus ». 

Enfin, il y a la propagande cherchant à plaire à l’extrême-droite en occident, déjà évoquée, et qui est en sorte une prolongation de la deuxième propagande. C’est là où s’inscrit le discours du mufti Hassoun, l’un des hommes des services du régime, qui avait menacé en 2011 comme vous le précisez d’envoyer des kamikazes en Occident… On omet cela, et on le fait passer pour un représentant d’un « islam modéré » voire d’un « islam républicain ».

 

A tout ceci s’est ajoutée durant les dernières années, une guerre des images. Certains journalistes, surtout de l’audiovisuel, ayant accès au terrain ont souvent proposé des récits et un narratif en faveur du régime. Et l’image de Daesh, des djihadistes en général et leur barbarie les ont bien aidés, et leur ont permis d’effacer les images des centaines de milliers de civils tués ou emprisonnés et torturés par le régime. Ce dernier a pu ainsi proposer tranquillement sa formule préférée « soit Assad soit les djihadistes », ses relais l’ont reprise et beaucoup sont tombés naïvement dans le piège.

 

L’ambassade de France est fermée depuis 2012. Le président de la République ne dialogue pas avec Assad, la Syrie est sous sanctions européennes et américaines. En même temps, on a entendu à plusieurs reprises Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle parler de « politique inclusive ». En 2017, il a déclaré que la destitution d’Assad n’était pas un « préalable à tout », que personne ne lui a « présenté son successeur légitime » et qu’Assad « n'est pas notre ennemi, c'est l'ennemi du peuple syrien ». En 2018, la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont frappé ponctuellement la Syrie après une nouvelle attaque à l’arme chimique. La « fameuse ligne » rouge est rappelée, mais les défenseurs des droits humains notent que la population est aussi visée par des frappes « usuelles » qui ne déclenchent pas les mêmes réactions. Enfin, une « opération humanitaire » franco-russe en Syrie est organisée en 2018. Récemment, le président de la République a prôné une sorte de « reset » avec la Russie, alliée d’Assad. Que pensez-vous de la politique étrangère d’Emmanuel Macron ?

Sur le site internet du ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères, l'ambassade de France en Syrie est signalée "fermée"

 

Monsieur Macron souhaitait dialoguer avec les Russes et peut-être qu’il considérait qu’il y avait des chances de les convaincre d’une solution politique. Mais je pense qu’il a très rapidement réalisé que cela n’est pas possible, qu’une solution politique avec les Russes concernant la Syrie et comprenant un minimum de justice, n’était pas à l’ordre du jour. Et en même temps, il y a un rapport de force militaire que la Russie a imposé sur le terrain à la suite de son intervention en 2015 et des crimes de guerre qu’elle a commis, qui rendent le « réalisme politique » que le président Macron voulait adopter un simple aval de la loi du plus fort, contrairement au droit international et à toutes les valeurs que la France prétend défendre. 

Des formules malheureuses ont été utilisées lors de cette tentative de dialogue avec les Russes, dont « Assad est l’ennemi de son peuple, il n’est pas l’ennemi de la France ». Comme si commettre des crimes contre l’humanité ne rend pas le criminel ennemi de l’humanité entière, ou comme si « se contenter » de tuer des centaines de milliers de Syriens pourrait être toléré tant que personne n’a « présenté une alternative ». Par ailleurs, Assad a tué des Français aussi, pas « seulement » des Syriens. Il a tué des Français, des européens, des Américains, des Libanais et des Palestiniens. Il a commis des crimes qui doivent le conduire à La Haye, et nullement ailleurs.

Les formules de ce genre ne sont plus utilisées aujourd’hui. La situation sur le terrain est devenue encore plus compliquée. Et ce qui est à mon avis un challenge, un défi, pour Monsieur Macron et pour la politique française, c’est comment se repositionner, comment définir un rôle français et être à la fois réaliste et respectueux du droit international et des droits des Syriens ? 

A mon sens, cela se fait en étant ferme, en refusant toute normalisation avec le fait accompli militaire sur le terrain, en refusant toute contribution à une reconstruction qui n’est en fait qu’une consolidation du régime des crimes de masse, en construisant de nouvelles alliances européennes et internationales capables de s’imposer en tant que poids économique et politique. En montrant également que le dialogue a ses conditions et que ces conditions-là nécessitent en ce qui concerne la Syrie le départ du régime responsable de la catastrophe, que Paris comprend les intérêts russes en Syrie, mais qu’il doit y avoir un dialogue entre Syriens pour qu’un nouveau régime émerge. 

Aujourd’hui les Nations Unies évoquent le travail sur une nouvelle constitution syrienne, mais ce n’est qu’un thème parmi d’autres, et il n’est sans doute pas le plus urgent. Il y a un manque d’initiative politique à l’échelle internationale, et il faut le reconnaître, ce n’est pas facile aussi, quand il y a l’aviation et l’armée russe sur le terrain, de parler diplomatie seulement. Evidemment on ne parle pas de contre-intervention. Mais l’accumulation des erreurs dans le passé notamment du côté américain, a mené aujourd’hui à la configuration que l’on connaît.

 

Ce mois-ci, on a appris que la société Louvre Hotels Groupe, filiale française du géant chinois Jin Jiang International, compte ouvrir deux hôtels à Damas. Une invitation au tourisme qui détonne fortement avec les accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité portées contre le régime. De son côté, la Formule 1 a décidé de financer un nouveau circuit de course à proximité d’une prison syrienne où ont été exécutées 13 000 personnes. Cet attrait touristique, culturel ou sportif constitue-t-il une forme de « soft power » de la part du pouvoir syrien?

 

Toute normalisation économique, touristique, culturelle, sportive avec le régime, est une reconnaissance de sa légitimité, un aval des crimes qu’il a commis, et une trahison de la majorité des Syriens. Et ceux qui considèrent que faire des affaires là-bas, construire des hôtels, organiser des évènements culturels ou sportifs, va contribuer à la construction d’une paix durable, se trompent: ils sont soit ignorants de la nature de ce régime et de son histoire, soit complices avec lui. Ils veulent juste faire quelques gains et avoir ce qu’ils pensent être une part d’un futur marché. Or, si jamais il y a des grandes affaires et une reconstruction sous ce régime un jour, ils auront à faire surtout aux Russes et aux Iraniens et à quelques hommes d’affaires syriens proches de la famille al-Assad qui serviront comme vitrines, et se répartiront les commissions et les grands bénéfices.

 

Pouvez-vous nous parler des contrats entre les administrations Assad et Poutine, et expliquer les intérêts des Russes et des Iraniens en Syrie?

 

Les Russes et les Iraniens ont obtenu des promesses et des contrats sur tout ce qui est gaz et pétrole. Le problème pour eux c’est que ces énergies se trouvent surtout à l’Est du pays, où les Américains se déploient et protègent les kurdes pour le moment. Les gisements qu’on évoque en face du littoral méditerranéen n’ont pas encore été exploités. En même temps, les Russes ont « légalisé » une présence militaire permanente en Syrie (une base maritime à Tartous, et une autre aérienne à Hmeimim) et des contrats d’armement pour les décennies à venir. Ils contrôlent l’Etat syrien, et restructurent aujourd’hui ce qui reste de l’armée et certains services de renseignement. D’après eux, leurs ventes d’armes ont explosé depuis leur intervention en Syrie. Le ministre de la défense russe a même déclaré que son pays a essayé et amélioré 300 armes durant l’intervention. Au-delà de la Syrie aussi, Poutine joue sur l’idée de « l’homme fort », efficace au regard des crises et des hésitations de la démocratie représentative comme on les observe. Il veut montrer, que contrairement à la fragilité des systèmes politiques démocratiques, des establishments traditionnels, il est l’homme orgueilleux, viril, et fidèle à ses alliés, contrairement aux occidentaux qui lâchent les leurs. 

Quant aux Iraniens, ils ont davantage un intérêt stratégique qu’un intérêt financier en Syrie. Ils veulent préserver leur contrôle qui passe par Bagdad vers Damas et Beyrouth. Cela leur donne une profondeur stratégique, un accès important à la méditerranée, les rend incontournables dans les négociations dans la région, et ils espèrent aussi qu’à partir de ce contrôle-là, ils peuvent menacer les Israéliens qui, de leur côté, ne cachent jamais leur volonté d’attaquer soit l’Iran directement, soit ses alliés, et qui d’ailleurs les attaque depuis quelques années en Syrie-même et sur la frontière libanaise.

Et bien qu’alliés stratégiques, les Iraniens ne sont pas toujours satisfaits de l’élargissement du contrôle russe en Syrie. Il y a à la fois des doutes sur les choix russes à long terme, surtout que Moscou et Tel Aviv échangent régulièrement, et Washington promet d’approuver les plans russes en Syrie si l’Iran est expulsé du pays. De plus, les iraniens avaient leurs alliés au sein des institutions des services de renseignement comme de l’armée du régime, et ils voient certains remplacés ces derniers mois par des pro-russes. Ils avaient aussi créé des milices pour épauler l’armée épuisée, et ces milices-là sont aujourd’hui reprises par les Russes ou intégrées dans des régiments qu’ils forment. Donc il y a une sorte de rivalité, mais qui n’arrivera pas à court terme ni à moyen terme, à mon avis, à un divorce. 

 

On a lu dans les médias français des articles évoquer une « amnistie générale » décrétée par Bachar al-Assad, et un appel au retour des réfugiés. Qu’en pensez-vous, et pourrait-on imaginer un retour des déplacés en toute sécurité dans leur pays ?

 

Sur la question des réfugiés, il est clair que le régime ne souhaite que le retour d’une partie. Assad lui-même s’est félicité du fait que la Syrie « est plus homogène » aujourd’hui. Un chercheur se prétendant réaliste et ayant accès au territoire contrôlé par le régime a même évoqué une Syrie « plus aérée » permettant une gouvernance et une reconstruction moins compliquées. Peut-être que dans certaines zones, il peut y avoir un retour partiel voulu par les Russes pour encourager les européens à soutenir la « reconstruction ». Cela pourrait avoir lieu dans des zones vues comme confessionnellement non stratégiques c’est-à-dire des zones loin des axes que le régime, dès le début de la révolution puis du conflit armé, souhaitait préserver, à savoir l’axe qui va de Damas vers Homs, puis vers le littoral. Car en ce qui concerne cet axe, il y a eu des déplacements forcés de populations sunnites, des déportations, des massacres, et il y a eu un changement de la démographie confessionnelle. Donc il n’est pas question pour Assad que les gens reviennent. Autour des grandes villes notamment autour de Damas, il y a des zones rasées, il n’y a aucune possibilité de retour non plus.

Et puis il y a la loi numéro 10, qui est une loi permettant au régime de confisquer avec le temps les biens de tous ceux qui sont absents, ou qui ne peuvent pas prouver la propriété des biens où ils vivaient. Ce qui veut dire que, pour le régime, il y a une volonté de maintenir l’équation démographique comme elle est maintenant, avec plus de 6 millions de Sunnites en moins, qui se trouvent réfugiés ailleurs (ou morts). L’allié du régime syrien au Liban, le Hezbollah, souhaite rapatrier une partie des réfugiés qui sont au Liban, mais seulement vers certaines régions de la Syrie. Et puis, il y a le sort réservé à ceux qui rentrent malgré les promesses et les prétentions du régime et des Russes: des rapports documentés évoquent des exécutions, des arrestations et des conscriptions forcées dans l’armée.

 

Une « reconstruction » est-elle donc envisageable et y a t-il de la prédation dans ce domaine? 

 

Pour la reconstruction, Moscou souhaite principalement des capitaux européens. Non pas parce qu’elle veut la reconstruction physique, mais parce qu’elle considère qu’à travers ces capitaux-là, il y aura une normalisation avec le régime, il y aura des prises de contacts diplomatiques avec Assad qui lui donneraient une légitimité qu’il n’a pas encore réussi à arracher.

Ensuite, ils savent très bien que pour obtenir ces capitaux, ils peuvent évoquer la question des réfugiés qui fait tellement peur en Europe. Ils prétendent que les réfugiés vont rentrer si les Européens reconstruisent, sachant que, encore une fois, ce n’est pas vrai car la grande majorité des réfugiés ont fui le régime et sa répression, et que tant qu’il est en place, ils ne pourront pas rentrer. 

Il est donc illusoire de considérer que la reconstruction dans l’état actuel des choses va permettre une stabilisation de la Syrie. C’est juste une consolidation du régime syrien qui ne mènera guère à la stabilité et la paix durable, contrairement à ce que disent ceux qui défendent le régime, et qui avancent maintenant une nouvelle théorie selon laquelle, sans cette reconstruction, il pourrait y avoir une réémergence de Daesh. C’est en fait avec une reconstruction qui se ferait sur des ruines, sur des cadavres, sur des scènes d’attaques chimiques, de massacres, de viols et de torture, que toute l’injustice que ressentent les Syriens pourrait mener à des radicalisations, à un nihilisme et à plus d’instabilité. 

La reconstruction en tant que consolidation d’un régime tel que le régime syrien est une prescription pour une instabilité durable en Syrie comme dans la région. Seule la fin de l’impunité, qui empoisonne les vies de millions de gens dans cette région depuis des décennies (de la Syrie au Yémen, de la Palestine à l’Egypte, au Soudan, à l’Irak et au-delà), ouvrirait un jour le vrai chemin de la paix et de la stabilité…

 

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