Dr Ibrahim Abu Zahira, une vie entre Israël et Palestine

May 27, 2018

Ibrahim Abu Zahira est médecin, en Israël et en Palestine. Palestinien né à Hébron, il habite dans un petit village nommé Kharas. « J’ai su que je serai médecin très jeune, même à l’école. Il n’y a aucun médecin dans ma famille, j’ai décidé moi-même d’être un médecin », dit-il dans un français assuré. Il a vécu 7 ans en Russie, a étudié la médecine générale et appris le russe. Il a aussi vécu presque 7 ans en France, a obtenu plusieurs diplômes français. Depuis 2014, il est devenu membre actif de l’ONG Un Cœur Pour la Paix et travaille à l’hôpital Hadassah de Jérusalem. Sa spécialité : la pédiatrie. Il a fait trois ans de néonatologie à Paris et à Liège. « J’ai le board français en néonatologie, j’ai fait une spécialité de 3 ans. Et depuis 4 ans je travaille dans le service du Professeur Azaria Rein, en cardiologie pédiatrique. »

 

Hôpital Hadassah de Jérusalem et cliniques palestiniennes

« J’ai deux sous-spécialités : la cardiologie pédiatrique et la néonatologie. », explique-t-il. Il aborde les motivations qui l’ont poussé à choisir ces spécialités : « A ce moment-là, je suis parti à Paris pour faire la pédiatrie puis j’ai décidé de faire la néonatologie, il n’y avait pas beaucoup de néatologistes, ou de réanimateurs. Il n’y en avait que 2 je pense, maintenant il y en a 5 ou 6 en Palestine. « J’aimerais bien me sous-spécialiser en cathétérisme cardiaque parce que ça manque en Palestine. Il n’y en a pas presque pas du tout ». « Et la deuxième cause, c’est que moi-même j’aime bien les urgences, bouger. Je n’aime pas m’asseoir ». 

 

Le Dr Abu Zahira fait l’échographie cardiaque d’une enfant qui doit subir une intervention prochainement. © Political

 

En Palestine, il donne des consultations chaque semaine dans différentes cliniques : à Hébron surtout, mais aussi à Bethléem et Ramallah. Et il est de garde 24h/24 pour les enfants palestiniens, dans le cadre de l’activité de l’ONG Un cœur pour la paix, qui fait opérer des enfants palestiniens atteints de malformations cardiaques à Hadassah. « Je réponds au téléphone, j’ai l’appareil d’échographie portable, donc une fois qu’il y a un bébé, un nouveau-né, et qu’il est « bleu », qu’il a une suspicion de malformation cardiaque, je suis l’un des 4 médecins que l’on appelle en Palestine, je me déplace vers les hôpitaux et fais le diagnostic. Parfois, ce n’est rien, on peut les traiter sur place, et parfois il faut les transférer à Hadassah. »

 

L’appel peut provenir de Tulkarem ou Naplouse entre autres. « Pour aller là-bas, il faut 3 heures ». Pendant ce temps-là, il échange « avec les pédiatres qui sont aussi très intelligents, c’est pour cela qu’ils ont appelé déjà. » Deux transferts sont possibles : soit de manière urgente, soit de manière élective. Ibrahim est aussi chargé de la coordination entre Israël et l’Autorité palestinienne pour le transfert des patients. « En même temps je travaille à Hadassah presque tous les jours. Parce qu’il y a une coordination avec mon chef de service le Pr Jean-Jacques Azaria Rein et avec mes collègues qui sont très gentils, ils savent très bien qu’une fois que j’ai reçu un coup de fil, je dois partir. » « On fait un travail d’équipe à ce moment-là. » Ibrahim se souvient de petits patients qui n’ont pas eu le temps d’arriver à Hadassah. « Je me rappelle de 3 patients, dont j’ai fait le diagnostic la nuit à 2 ou 3 heures du matin, et malheureusement ils ne sont pas arrivés à Hadassah. C’était trop tard. Ils sont morts ». 

 

Volonté de transmission et partage de connaissances

« Je fais des présentations aux médecins généralistes parfois, quand je vais dans n’importe quel hôpital et que je vois un bébé ayant une malformation cardiaque, j’explique pour chaque enfant aux médecins qu’il y a autour de moi, les résidents, les internes et les pédiatres, ce qu’est la maladie, comment il faut la traiter etc ». Il fait aussi des présentations aux médecins généralistes. 

 

Les mariages consanguins sont l’une des principales causes des malformations cardiaques. « Pas qu’en Cisjordanie, mais au Moyen-Orient en général. », précise-t-il. « On fait la prévention à deux niveaux : tout d’abord au niveau des prises de sang, s’il y a des familles très connues pour avoir des malformations congénitales, on peut travailler sur les enfants qui sont déjà nés et sur les parents. On fait une analyse pour examiner tous les gènes de cette famille et dans ces cas-là, il y a des familles qui sont connues ». « On a trouvé beaucoup de mutations dans ces familles et maintenant on sait les traiter. » « J’aimerais bien, vraiment, que la cardiologie pédiatrique soit à haut niveau en Palestine. Que l’on puisse créer une équipe palestinienne de cardiologues en pédiatrie qui soient indépendants. Sans perdre la bonne relation et la coordination entre les médecins, les cardiopédiatres israéliens et palestiniens. » « Pour la cardiologie pédiatrique en Palestine, il faut bien sûr la salle de cathétérisme cardiaque. Il faut créer des équipes, il faut un chirurgien cardiaque, il faut plein de choses. »

 

Un rêve : la nationalité française

En 2011, Ibrahim a demandé la nationalité française. Il avait été convoqué pour un rendez-vous mais en 2012, une urgence l’avait appelé à rentrer en Cisjordanie. « J’étais obligé de partir à Bethléem pour couvrir l’unité de réanimation natale là-bas », à l’hôpital de la Sainte Famille. La cheffe de service était partie à ce moment-là ». Il a alors perdu la continuité de son titre de séjour. Ibrahim veut revenir en France pour étudier le cathétérisme interventionnel. « J’étais à 90% français », me dit-il. C’est « pour faciliter ma vie, les conférences, la circulation, pour apprendre plus et donner aux enfants et aux médecins palestiniens des informations. Il y a beaucoup de conférences à Paris. »

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