Opération « Good Neighbor» : des Syriens soignés en Israël

May 31, 2018

Depuis l’éclatement de la guerre en Syrie en 2011, les besoins humanitaires de la population n’ont fait que grandir. En 2013, les Syriens ont commencé à recevoir de l’aide humanitaire d’Israël via son armée à la frontière. L’opération « Good Neighbor» » (« Bon voisin » en français), est lancée. 

 

Leur arrivée est prévue demain. A la dernière minute, elle est décalée d’un jour. Pas de quoi désarçonner l’équipe de cardiopédiatrie de l’hôpital Hadassah de Jérusalem, qui se prépare à recevoir des enfants venus de Syrie pour des soins cardiaques. L’opération reste « sensible » : Tsahal achemine des ressortissants d’un Etat voisin dit « ennemi », pour les soigner. 

 

Le briefing a lieu tôt le matin. Cette fois-ci, il s’agit de quatre filles: Haya* et Nour* ont un an, Lamia* a deux ans, et Halla*a dix ans. Elles sont accompagnées de leurs mères. Elles viennent toutes pour subir un cathétérisme interventionnel, c’est-à-dire une opération cardiaque à cœur fermé. Lors du briefing, leurs dossiers médicaux sont une nouvelle fois minutieusement étudiés, l’équipe s’accorde sur la marche à suivre. Cette nuit, c’est le Dr Abu-Zahira, cardiopédiatre, qui les accueillera. 

 

L’hôpital Hadassah est connu pour promouvoir des valeurs de secours et de paix au-delà des nationalités. Il a été nominé au prix Nobel de la paix en 2005 ©Political

 

Arrivée confidentielle, de nuit

« Elles sont là », glisse un des médecins. Arrivées vers 3 heures du matin, les familles ont signé les papiers nécessaires pour recueillir leur accord pour l’opération. Dans le bâtiment des enfants, l’équipe de cardiopédiatrie s’active et va rendre visite à leurs patientes du jour. « Où sont nos cousines ? », lance le Professeur Azaria Rein au personnel médical. L’équipe est dirigée vers leurs chambres, où des soldats, postés en faction, contrôlent les allers et venues. « Où part-elle ? », s’inquiète l’un de soldats, voyant que l’une des petites filles était emmenée par le personnel. « Faire une échographie cardiaque », lui répond un des médecins. 

 

Des enfants en situation de stress

Chaque enfant subit une échographie sur les lieux avant l’intervention. Le Dr Abu-Zahira a déjà effectué l’échographie de Haya, qui passera en premier pour le cathétérisme. L’échographie de Nour se passe difficilement. La petite fille d’un an, tétine à la bouche, pleure et veut se mouvoir. La mère a du mal à tenir son buste immobile le temps de l’examen. Le cardiopédiatre et la mère parlent en arabe, essayent de la rassurer. Pour détourner son attention, des photos de chats lui sont montrées en série, sur un téléphone, pour un effet « dessin animé ». Nour regarde les images tout en continuant à pleurer, mais plus doucement. L’atmosphère s’apaise, les clichés sont pris et l’échographie prend fin. 

 

Le Dr Berger parle avec la mère, à la fin de l’échographie de sa fille. ©Political

 

Pour Lamia, c’est différent. Elle a deux ans –approximativement- la petite fille est beaucoup plus calme, mais un pleur continu, quasi intériorisé, se laisse entendre. Les mêmes photos sont proposées pour la distraire. Elle les regarde quelques instants, puis la petite fille glisse quelques mots à sa mère, qui les adresse au médecin : « Elle voudrait voir des photos de mariée ». 

 

Le Dr Natshe procède à l’échographie d’une des petites filles syriennes. ©Political

 

Le réseau passe mal mais quelques photos sont tout de même téléchargées. Lamia étudie très attentivement chaque robe, avec un regard emprunt de sérieux, jusqu’à la fin de l’examen. Un peu plus tard, l’un des soignants me confiera : « C’est ainsi, dans les pays en guerre… ». L’échographie de Halla se passera un peu plus tard.

 

Les débuts d’une opération humanitaire à caractère sensible

L’opération Bon voisin a commencé en 2013. Dr Golander, cardiopédiatre, explique ses débuts et son déroulement : « Au début, on nous amenait des Syriens blessés lors de la guerre civile. Ensuite, le programme a commencé à amener aussi des enfants et des adultes malades du côté syrien vers Israël pour être soigné. L’année dernière, des cas relevant de la cardiopédiatrie nous ont été présentés, et quelques mois plus tard, ils sont venus pour proposer à Hadassah de suivre les cas cardiaques congénitaux. »

 

Il développe : « Il y a à peu près deux mois, nous avons mis au point la première clinique dans le Nord, parce que les patients viennent la nuit de Syrie, et ils doivent être de retour le lendemain soir, donc les faire venir jusqu’à Jérusalem était difficile. Alors nous avons coopéré avec l’hôpital du Nord du pays, à Poriyah, dans la ville de Tibériade, et cette clinique a vu les 70 premiers patients. » « Puis nous avons vu 16 enfants, 8 d’entre eux avaient besoin d’une opération, 4 nécessitaient seulement un cathétérisme. Les autres ne nécessitaient pas d’intervention à ce moment précis, mais avaient besoin d’un suivi. Aujourd’hui, c’est le premier groupe de 4 enfants ayant besoin de cathétérisme que nous “bloquons” ensemble, nous avons réservé la journée entière de cathétérisme pour eux ». Ils restent une nuit, ils viennent tard la nuit avant la cathétérisation. Et ils restent une autre nuit pour voir si tout va bien. Le jour qui suit, ils rentrent en Syrie. » En ce qui concerne le suivi, Dr Golander assure: « Nous sommes en train de mettre au point une prochaine clinique à Poriyah, à la fin du mois prochain. » Reste  à savoir si et dans quelles conditions l’opération Good Neighbor pourra être poursuivie, dans une zone particulièrement instable et dangereuse. 

 

* Les prénoms ont été modifiés et les écrans floutés pour des raisons de sécurité.

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